L’Arbre et son Ombre
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l’Arbre et son Ombre, Esplanade du Roi Albert, Liège, 1991 L’œuvre de Dutrieux se mesure à un site difficile: «concurrence» de nombreuses œuvres d’art autour du pont, envahissante voie rapide qui coupe le site des habitations. Mais ce n’est pas le genre de contexte qui décourage l’artiste: au contraire. Ainsi, conscient que son œuvre pourraît ne pas être perçue comme telle, il ne manifeste pas d’autre espoir que de la voir expérimentée au moins comme une promenade. Ses matériaux et ses dimensions l’associent plutôt, en effet, à ce type d’expérience. Seul le promeneur attentif—ou averti par la présence d’une plaque explicative en Braille—pourra mieux goûter à cette œuvre de haute densité poétique. Dans une ample courbe du fleuve, 13 arbres de 7 essences différentes, choisies entre autres en fonction d’impératifs plastiques, comme la couleur et la forme du feuillage, sont plantés selon une disposition qui, en braille, écrit le mot «arbre». Les 14 zones pavées affectent la forme d’ombres d’arbres; en braille, elles se lisent “ombre”. D’un bout à l’autre du mot; ces ombres de pierre sont orientées comme des ombres réelles à différents moments de la journée. Parcourir l’oeuvre, c’est donc voyager dans le temps: celui d’une journée, comme les fausses ombres le suggèrent; dans le passé lointain, comme y invite le gingko, véritable arbre fossile, qui forme le premier point du mot «arbre»; dans le futur, en projetant la croissance d’arbres jeunes qui ne sont qu’en apparence à la poursuite de leur ombre. Nous sommes aussi dans un temps poétique où les ombres sont de pierre et appellent l’arbre absent: ici, il est des arbres sans ombre et des ombres sans arbre. L’utilisation du langage des aveugles dans l’oeuvre plastique est une des démarches caractéristiques de Dutrieux, prompt à débusquer notre profonde cécité collective face au devenir de notre environnement. Ici, notre vue fait défaut et c’est l’artiste qui se pose en médiateur, en voyant. Primée à l’état de projet lors du concours Art public – Lieux publics, l’oeuvre aujourd’hui amarrée en bord de Meuse depuis 1991 nous invite à la réflexion, à la traversée des apparences: nous sommes embarqués… Yves Randaxhe L’arbre et son Ombre La frondaison se fit humble. L’ombre regardait fixement le soleil. Sous la jonchée des feuilles, L’ombre de l’arbre était un semis L’ombre fut sculptée, puis Au coeur de la nuit, l’ombre taillée Le dos arrondi, le paveur frappa Ombre douce, ombre dure, Les branches s’inclinèrent, Nous avons assez remué, fit l’ombre. Porteur d’un vent calcaire, A chaque printemps, l’arbre Sourcilleuse, François Jacqmin, 1991 |






je ne viens pas souvent à Liège, mais me souviens de cette oeuvre magnifique et discrète comme le poète. merci daniel. amitiés katia
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